Interview with writer Susan Lanigan (Palazzo Rinaldi AIR 2011)

Susan Lanigan writer

 

Susan, first of all many congratulations on your novel White Feathers, which has been acquired by O’Brien Press Brandon Imprint for publication in autumn 2014.  We are excited for you and can’t wait to read it! Can you tell us first of all what gave you the idea for the novel, and made you wish to write a story set during WWI?

Thank you! I had been toying with the idea of the white feathers of cowardice a while, trying to write a short story where past collided with present and failing. Then I had this idea: what about telling the story straight, from the point of view of a girl from the period. being pushed towards giving a white feather, and the horribly personalised symbol of institutional violence that carried, and it went from there. I think I’m very interested in female power versus male power and how the former can be very intimate and targeted, whereas the latter is more generally malign. And how in World War One the two got mixed up together.

Terranova
Above: Susan during her Residency stay

What’s your favourite part of the whole writing process?

I think there are moments where everything coheres in a dramatic point and when you’re writing that, even if it’s for the fourth time, you still have that little lurch of waiting for the other character to open the door and start to speak. Or when the characters take the initiative and lose patience with you! Though you have to put manners on them sometimes.

What would you say have been the biggest challenges in putting the novel together?

Scope. You can start with a very wide-angle view and realise after a while that you just have too much. And when you try and bring down matters to a resolution, you can so many balls in the air that you succumb to a juggling failure, not doing the important elements in the story justice.

This was the novel you were working on during your Residency at Palazzo Rinaldi in 2011. Can you tell us a little bit about that particular stage in the development of the novel, and in what ways you feel a Residency stay benefited this?

I was working on the second draft, which was still very experimental, but helped clarify a lot about the background of my protagonist, Eva. I remember being very, very hot, the heat nearly wore me out. But it was so remote, and beautiful. The scenery that is; Eva’s background is not quite as lovely, unfortunately for her!

Quite a few of our Artists-in-Residence are writers, often looking for their first break.  What advice do you have for someone who may be working on their first manuscript right now and dreaming of signing that publishing deal?

Find a story you care enough about and characters you get obsessed with. That makes it easier to keep going. Until obsession kicks in, discipline is the way to go. But I finished White Feathers because I couldn’t not finish it. I had to see this story through. 

Finally, when can we expect the novel to be out…and are you already working on your next one?

Publication day is 25 August! I do have a nearly-finished first draft of another one about a dangerous relationship in a dangerous place on the eve of World War II, but I’m still in the grip of the characters of this one…so we’ll see what happens.

Susan Lanigan is a writer based in Dublin, Ireland. She is represented by Svetlana Pironko at the Author Rights Agency.

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Rendez-Vous à Noepoli

We gratefully received this beautiful essay written in Residency by AIR Stéphane Zoccola, a writer based in Paris.  
We asked for her permission to share it with you, as we thought it was uniquely delicate and poetic.
Merci Stéphanie et à très bientôt!

Stephanie Stephanie Z

Rendez-vous à Noepoli…

Aujourd’hui, c’est le 19 août, c’est un lundi et je suis en vacances.
Pourtant, je me suis levée très tôt, bien plus que quand je travaille. Mais
j’ai une bonne excuse pour ce zèle estival : ce soir, j’ai rendez-vous à
Noepoli.

— Où ça ?, me demande-t-on depuis plusieurs semaines.
— A Noepoli.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un village du sud de l’Italie.
— Noepoli comme Napoli ? C’est à côté ?
— Oui et non. Je vais passer par Naples, mais après je prendrai un car.
— Tu pars en voyage en car ??? Mais c’est où ton Noepoli ? Au bout du
monde ?
— Presque. C’est en Basilicata.
— Basilicata ? Mais qu’est-ce que c’est ça encore ?
— C’est une région du sud de l’Italie.
— Connais pas.
— Et bien c’est la différence entre Francis Ford Coppola et toi. Lui, il
est originaire de là-bas.
— C’est bien, mais ça ne me dit toujours pas où tu vas.
— Mais depuis quand sommes-nous tous devenus si nuls en géographie
italienne? Que dis-tu ? Depuis la Coupe du Monde de Football 2006 ? Allons
donc… Je te situe, sois attentif. Tu vois la botte italienne ? Et bien je
vais dans la voûte plantaire.
— Tu en as, toi, de ces lubies… Tu peux pas aller à Rome comme tout le
monde? Quelle idée de partir en voyage dans une voûte plantaire !!!
Vraiment ! Tu veux que l’on meurt tous d’inquiétude ou quoi? Et si l’on me
demande où tu es partie, je réponds quoi ? Sous le pied de l’Italie?
— Non, tu leurs dis que je suis partie au Palazzo Rinaldi, chez Pina,
Susanna et Raffaele.
— Le palazzo Rinaldi ? Noepoli ? On s’y perd ! Qu’est-ce que c’est tout ça?
— Voilà une bonne question, assieds-toi, je vais te raconter.

D’abord, il y a Naples, affolante, effrayante, effarante. Un chaos géant
sous un soleil de plomb où tout s’ingénie à aller de travers. Et pourtant,
comme l’a dit ce bon vieux Galilée, ce Pisan qui, forcément, s’y
connaissait en choses bancales, ça tourne. Tu finis toujours par réussir à
entrer dans cette ville et à en ressortir. Et dans la direction que tu
voulais qui plus est…

Après il y a un car. Très confortable, très musical, très italien.
Forcément, on te demande où tu vas, toi que l’on n’a jamais vu et dont le
teint témoigne que tu viens de contrées où l’on ignore tout du soleil… Et
quand tu réponds timidement « Noepoli », en espérant l’avoir chanté aussi
bien que possible, on s’étonne : « Noepoli ? Mais c’est tout petit !”
Je dois te dire que les Italiens adorent plaisanter sans doute, car ça
n’est pas vrai, Noepoli, ça n’est pas petit. Noepoli, c’est immense. Et
puis c’est haut, comme tous les endroits qui se rapprochent du paradis.

Oh non, mon ami, j’insiste : Noepoli, ça n’est pas petit.
D’abord Noepoli, c’est une plage bordée par un océan de montagnes. De
vagues crêtes jusqu’à perte de vue, où des villages sont posés à flanc de
parois comme des ilots sur la mer.

Noepoli, c’est le lieu de rendez-vous de Venus et Saturne qui s’y
retrouvent en secret au coucher du soleil. Ils se cachent dans l’alcôve du
crépuscule avant que la nuit ne les mette en lumière.

C’est là qu’une chouette blanche comme une hermine, belle comme un sourire
du diable, vient danser avec des chauves-souris prudes comme des jeunes
demoiselles, une tarentelle macabre toutes les nuits au-dessus des toits.

A Noepoli, il y a des troupeaux d’oliviers qui moutonnent sous des sommets
acérés où la pluie et Dieu dessinent de fausses forteresses médiévales que
seules les âmes crédules croient voir.

A Noepoli, il y a des chiens qui protestent au loin, comme des Français un
jour de grève.

A Noepoli, c’est Dieu qui te donne l’heure. Partout ailleurs le temps est
assassin ;  ici, il est musicien. Et fait carillonner les heures et leurs
quarts sous un clocher mélomane.

A Noepoli, des ambulanti chaleureux dealent à l’arrière des camions et te
fourguent contre quelques piécettes des tomates dignes du Prince de
Broglie. De belles majestés en rouge qui te rappellent que s’il faut manger
pour vivre, tu es cordialement invité à le faire avec goût et félicité.

A Noepoli, que tu partes à gauche ou à droite, tu arrives toujours au même
endroit, c’est plus pratique pour se donner rendez-vous.

A Noepoli, il y a 900 habitants, trois bars, deux boulangeries, un
restaurant, un bureau de Poste et dix chaises rouges réservées aux hommes.
Il y aussi un sport national qui consiste à parler en marchant ou marcher
en parlant ou s’arrêter de marcher pour parler.

Mais il y a surtout une maison, belle comme un palais, chaleureuse comme un
foyer,  où tous les visages sont bienveillants, qu’ils soient mobiles,
figés dans la pierre ou encadrés.
Il y a surtout une maison où le temps s’écoule très calmement et très vite
à la fois.
Il y a surtout une maison où tous tes pas te ramènent toujours vers une
terrasse sur l’infini.

Mais il y a surtout Raffaele, qui a au moins cent cinquante ans (si tu ne
me crois pas, quand tu iras, regarde les photos aux murs) et qui pense que
les Hommes sont faits pour se rencontrer. J’ai bien peur que quand viendra
le XXIème siècle on ne le prenne pour un fou…

Mais il y a surtout Pina, sa cuisine trois étoiles et sa sciences des
constellations. Ecoute au moins une fois son rire qui cascade comme une eau
vive et dis-moi si tu parviens à être triste après ça.

Mais il y a surtout Susanna qui réussit le tour de force d’être là même
quand elle n’y est pas.

Alors je te le dis, crois-tu que l’on peut mettre tout ça et tout ce que je
ne te dis pas dans un Noepoli qui serait tout petit ?
Non, Noepoli, Basilicata, Italie, ça n’est pas un petit monde, ça n’est pas
le grand monde. Si tu regardes bien, ça n’est même pas un village, c’est
une atmosphère, un univers…

Stéphanie Zoccola,
Noepoli, le samedi 24 août 2013